Interview du 4 mars 2026 de Nicolas Thomas par Elodie Déniel.
La loi de financement de la sécurité sociale est désormais promulguée, y compris avec ses articles litigieux.
Même si le Directeur Général de la CNAM (Caisse nationale de l’Assurance Maladie) a publié une lettre le 19 février 2026 pour rouvrir le dialogue conventionnel, les effets de la Loi de Financement de la Sécurité Sociale (LFSS) commencent à se faire sentir sur les résultats des centres d’imagerie et de médecine nucléaire et plus largement sur les structures de médecine libérale
Dans ce contexte, la question de l’OPTAM devient un levier régulièrement étudié par les groupes médicaux pour adapter leur modèle économique.
Par ailleurs, la lettre fait état d’une éventuelle révision de « trajectoire des baisses tarifaires tout en maintenant les objectifs d’économies fixés par la loi de financement de la sécurité sociale ».
Il ne semble donc pas se dessiner une ouverture vers des annulations des mesures prises.
Le destin des groupes de médecine libérale semble donc bien lié à leur capacité d’adaptation pour une gestion toujours plus fine.
Ces enjeux de pilotage économique et de gouvernance ont déjà été abordés dans nos analyses consacrées aux opérations de refinancement et d’OBO dans les groupes médicaux.
Dans ce contexte, Altares Partners souhaite mettre en avant quelques points concrets abordés avec ses clients.
Elodie Déniel :
Bonjour Nicolas, je voulais faire le point avec toi sur les sujets qui occupent prioritairement nos clients médecins : l’impact des baisses de cotations sur les comptes d’exploitation.
Quels sont les leviers que tu évoques prioritairement chez nos clients ?
Nicolas Thomas :
Bonjour Elodie, de façon synthétique, j’en vois trois principaux :
- L’étude des options offertes par les contrats OPTAM, car il existe un véritable sujet sur leur mise en œuvre dans les groupes médicaux.
- La programmation médicale qui reste la clé de voute du chiffre d’affaires : depuis l’organisation de la prise de rendez-vous jusqu’à l’organisation des vacations.
- L’analyse des charges d’exploitation au sens large, incluant la masse salariale et les charges externes.
OPTAM : un levier d’adaptation pour les groupes de médecine libérale
ED : Peux-tu nous rappeler ce qu’est l’OPTAM ?
NT : L’Option de Pratique Tarifaire Maîtrisée (OPTAM) est un dispositif conventionnel proposé par l’Assurance Maladie aux médecins autorisés à pratiquer des dépassements d’honoraires.
Le médecin qui y adhère s’engage à respecter certains indicateurs portant notamment sur le niveau moyen de dépassement et sur la part d’actes réalisés à tarif opposable.
En contrepartie, il bénéficie d’une rémunération spécifique et d’une prise en charge renforcée d’une partie de ses cotisations sociales par l’Assurance Maladie.
Cette rémunération est conditionnée au respect de deux indicateurs contractuels cumulés :
- un taux moyen de dépassement d’honoraires ;
- un taux d’activité réalisé à tarif opposable.
Le dispositif vise ainsi à encadrer les dépassements d’honoraires dans un cadre conventionnel défini avec l’Assurance Maladie tout en favorisant une part plus importante d’actes facturés à tarif opposable afin de limiter le reste à charge pour les patients.
Certains médecins de secteur 1 disposant d’un droit permanent à dépassement (notamment les anciens chefs de clinique ou assistants hospitaliers universitaires installés avant le 1er janvier 2013) peuvent également adhérer à l’OPTAM.
ED : Pourquoi l’OPTAM n’est-il pas toujours déployé ?
NT : Deux raisons principales expliquent cette situation.
- La crainte de perdre une partie de la patientèle qui ne souhaiterait pas payer ces dépassements d’honoraires. En pratique, dans certaines spécialités et dans certains territoires, ces dépassements sont largement couverts par les complémentaires santé, ce qui limite le reste à charge pour les patients.
- La dimension organisationnelle. Dans les groupes médicaux où coexistent plusieurs statuts conventionnels ( médecins secteur 1, secteur 1 OPTAM, secteur 2, secteur 2 l’OPTAM) la mise en place et le suivi du dispositif peuvent nécessiter une analyse préalable et une organisation spécifique.
Pour utiliser le dispositif OPTAM de manière optimale, il est donc indispensable d’analyser précisément les propositions de la CPAM ainsi que l’activité de chaque médecin afin de définir l’organisation la plus pertinente, tant pour les flux administratifs que pour l’équilibre financier.
En pratique, l’adhésion à l’OPTAM relève souvent moins d’une décision individuelle que d’un arbitrage stratégique au niveau du groupe médical, qui doit tenir compte du positionnement tarifaire, du territoire d’exercice et de l’organisation interne.
ED : Ok donc c’est un moyen de compenser la perte de chiffre d’affaires mais quel impact sur les charges ?
NT : Les médecins constateront naturellement une évolution de leurs cotisations sociales liée au niveau d’honoraires déclarés. L’adhésion à l’OPTAM modifie également les modalités de prise en charge de certaines cotisations sociales par l’Assurance Maladie, ce qui peut, selon les situations, compenser en partie l’encadrement des dépassements.
En revanche, ces dépassements d’honoraires ne permettent pas de compenser la baisse des forfaits techniques.
Le véritable impact financier peut également porter sur la baisse, voire la perte, de la prime OPTAM pour les médecins de secteur 2 si les indicateurs contractuels ne sont pas respectés.
C’est un point que nous analysons régulièrement avec nos clients depuis le dernier trimestre 2025.
Quel impact économique peut réellement produire l’OPTAM ?
ED : Quel pourcentage de chiffre d’affaires peut-on espérer récupérer avec l’usage des contrats OPTAM ?
NT : Il est difficile de donner une estimation unique car les situations sont très variables.
Plusieurs paramètres entrent en jeu :
- le médecin pratique-t-il déjà des dépassements d’honoraires ?
- exerce-t-il dans une région où les taux régionaux sont favorables ?
Par exemple, la Bretagne, dont nous sommes tous deux originaires, n’a pas historiquement une forte culture du dépassement d’honoraires.
Les taux régionaux y sont donc relativement bas et les marges de manœuvre plus limitées.
Chez certains de nos clients, l’optimisation de l’usage de l’OPTAM peut représenter quelques points de chiffre d’affaires supplémentaires.
Dans les situations les plus prudentes, cela représente environ 2 % de chiffre d’affaires, et jusqu’à 6 % voire davantage dans les situations les plus favorables.
ED : Et concernant les deux autres leviers que tu as cités, la programmation médicale et les charges ?
NT : Il va falloir être patients : ce sera l’objet des deux articles suivants, avec Cécile Klein pour l’un et avec toi-même pour l’autre.
Les sujets que sont l’OPTAM, la programmation médicale et le pilotage des charges constituent aujourd’hui des leviers majeurs d’adaptation pour les groupes de médecine libérale confrontés aux évolutions tarifaires du système de santé.
ED : Merci Nicolas.